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| Le théâtre des boulevards |
| La vidéosurveillance, le panoptique réalisé |
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Voici venue l’ère de la "tolérance zéro" et de "la solution carcérale", le temps de la criminalisation de la pauvreté et des luttes. Les méthodes ont fait leurs preuves outre-atlantique, permettant la perpétuation d’une société profondément inégalitaire dans un contexte mondial incertain. Tout un programme furtivement adopté par une gauche cédant aux sirènes du libéralisme et de la démagogie sécuritaire et que la droite se prend un malin plaisir à appliquer à la lettre depuis plus d’un an déjà. Comme toute solution clés en mains, ses promoteurs avaient pensé aux produits dérivés, parmi lesquels la vidéosurveillance occupe une place de choix. En termes de prévention des crimes et délits, son impact réel n’est pourtant guère démontré. La fin est peut-être ailleurs.
En effet, la confusion entretenue entre espace public et espace privé ne semble pas être le fruit du hasard. Le peu de garanties données au passant quant à l’usage qui est fait de ces images non plus.
Il faut regarder derrière la vitre sans tain. Le business de la transparence est un champ d’activité dont l’opacité a de quoi troubler. De nombreux intérêts y convergent. La vidéosurveillance n’est pas seulement un outil policier, une formule électoraliste, un marché, elle se révèle être également le dispositif panoptique idéal : ne pouvant savoir s’il est regardé ; par qui et pourquoi ; l’individu se soumet au cas où au comportement qu’on attend de lui.
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"Si vous me refusez le pouvoir absolu, comment diable voulez-vous que je fonde la liberté ?" (Victorien Sardou)
Les premiers balbutiements de la vidéosurveillance dans l’hexagone sont déjà révélateurs de la diversité des intérêts engagés dans ce nouveau marché. Amitiés politiques, clientélisme et commerce font bon ménage. Dès le début des années 90, le maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany [1] équipe sa ville de 96 caméras, malgré les critiques et l’absence de cadre législatif. La brèche d’abord ouverte par les entreprises privées et équipementiers s’élargit. L’usage de la vidéosurveillance se généralise, avec des pratiques souvent douteuses. Il est clair qu’une intervention législative se fait pressante mais la gauche au pouvoir reste dans l’inertie. La vidéosurveillance n’aura sa loi propre qu’en 1995, à l’initiative de Charles Pasqua. L’homme ne paraît pourtant pas vraiment indiqué pour légiférer sur la protection des droits du citoyen : ex-membre du SAC [2], le ministre de l’Intérieur traîne un lourd passé chargé d’affaires politico financières. Et c’est une bavure - la mort de Malek Houssekine - qui restera le symbole de sa première expérience - musclée - Place Beauvau. Le statut quo en faveur des caméras, déjà implantées dans le privé, un ministre de l’Intérieur adepte des solutions sécuritaires, beaucoup de propagandes commerciales..., le contexte ne pouvait que marquer le contenu. Bien que la loi ait été violemment débattue à l’assemblée, c’est un fait : la nouvelle législation n’est guère protectrice de la vie privée de chacun.

Comme l’explique l’association Souriez vous êtes filmés [3] , la loi antérieure - celle de 1978 - même si elle "ne protégeait pas les personnes contre tous les systèmes de vidéosurveillance, (...) apportait néanmoins des garanties plus importantes aux administrés". On peut en effet s’inquiéter de la possibilité donnée aux établissements privés ou publics de surveiller la voie publique, et inévitablement les habitations alentour ; de l’obligation faite aux banques et pharmacies de s’équiper et surtout de l’absence de contrôle démocratique. "La loi du 21 janvier 1995 relative à la sécurité témoigne de la volonté de la majorité parlementaire d’écarter l’intervention de principe de la CNIL dans ce domaine. Le nouveau cadre législatif permet la mise en place de la vidéosurveillance sur la voie publique ou dans les lieux privés ouverts au public, sans réelle limitation, si ce n’est que le lieu doit être particulièrement exposé à des risques d’agression ou de vol". [4]
Dorénavant, l’individu filmé à son insu ne peut solliciter la Commission Nationale Informatique et Libertés que si les films servent à la constitution de fichiers nominaux. S’il revendique en son nom son droit d’accès à l’enregistrement vidéo de son image, il peut lui être opposé des motifs de sécurité publique ou de sûreté de l’État ; il peut également essuyer un refus motivé par la protection de la vie privée des tiers qui apparaîtraient au même moment dans le champ de la caméra ! De quoi décourager le public d’exercer son droit de regard, surtout qu’à la loi s’ajoute le laxisme des tribunaux et de la force publique. Les péripéties du procès intenté par Souriez-vous-êtes-filmés ! contre les Autoroutes du Sud de la France (ASF), pour installation illégale de caméras en disent long (lire entretien). Plus inquiétant encore : il y a 2 ans déjà, un article de Transfert.net révélait l’illégalité de 3/4 des installations de vidéosurveillance : "40 000 autorisations ont (...) été délivrées sur le territoire national. Sauf que les professionnels reconnaissent installer entre 25 et 30 000 nouveaux systèmes chaque année et qu’on estimait, en 1997, à 150 000 le nombre d’installations de vidéosurveillance en activité et à 200 000 celui des lieux vidéosurveillés... Au bas mot, ce sont donc plus de 100 000 systèmes, au moins, qui fonctionneraient en toute illégalité et qui donc encourent une peine de 300.000 francs d’amende" [5], offerts en quelque sorte par un Etat apparemment décidé à déléguer son pouvoir régalien. D’ailleurs, la privatisation rampante de la "main droite de l’Etat" - analysée par Loïc Wacquant et Pierre Bourdieu - n’est pas une politique dont la droite a l’exclusivité, tout comme la démagogie sécuritaire. Les maires de Vaulx en Velin (ex du Parti communiste, maintenant à Alternative Rouge Vert) ou de Lyon (du PS), où les caméras se sont implantées à large échelle, ont bien mérité leurs Big Brother Awards. [6]. Un gestionnaire du système de vidéosurveillance lyonnais n’évoquait-il pas récemment l’existence "d’un éventuel projet futur, celui de prendre en compte les alarmes de parties privées" ? [7]
Les "contrats locaux de sécurité" du gouvernement Jospin contribuent d’ailleurs beaucoup au succès de la vidéosurveillance, au grand bonheur des équipementiers. Ces officines ont parfois l’immense privilège de signer les audits des municipalités qu’elles équipent en circonstance. Audits truqués naturellement : "Ditton et Short, (criminologues anglais qui ont étudié la vidéosurveillance ndr) ont formulé les critiques les plus sévères à l’égard des travaux menés jusque-là par des organisations locales (municipalité, service de sécurité, industriel, etc...) pour évaluer l’efficacité des équipements mis en œuvre. Plusieurs raisons sont avancées par les auteurs pour expliquer l’absence de crédibilité de ces "self-evaluations", comme ils les désignent " [8] : chiffres communiqués sous forme de pourcentages, ce qui ne permet pas de rendre compte de la réalité d’un phénomène ; confusion de tous les délits et crimes dans un grand ensemble ; période d’étude trop courte et absence de suivi des zones voisines non-équipées, donc aucune prise en compte du déplacement de la criminalité.
Ce que ces "self-evaluations" ne disent pas, c’est qu’en termes d’efficacité pure, la vidéosurveillance a de quoi décevoir [9] : elle n’a d’effet que sur la face la plus immergée de l’iceberg de cette délinquance que l’on prétend contrôler. Il s’ensuit généralement un déplacement hors du champ des caméras. Quant aux crimes de sang, elles ne les ont jamais fait chuter. À croire qu’elles répondent à d’autres fins.
"Un être offre à chaque regard un visage différent, modelé sur le regard même." (Monique Corriveau)
Si le succès commercial de la vidéosurveillance doit beaucoup à la psychose sécuritaire du moment (lire l’encadré ci-dessous), le dispositif a d’autres avantages. Dans une société telle que la nôtre, où l’autodiscipline de chacun est la première des garanties de la paix sociale (bien précaire face aux développement des inégalités), la vidéosurveillance dévoile des talents cachés. Le laxisme législatif, la bonne conscience de la communauté scientifique, le populisme politique, l’avidité commerciale s’associent pour faire de cet équipement un instrument de contrôle et de pacification des comportements à l’ampleur inégalée.
Michel Foucault a analysé à travers le dispositif du Panoptique (lire l’encadré ci-dessous) l’efficacité de ce regard dont on ne connaît rien et qui amène l’individu à exercer au cas où un contrôle constant de son image. "Celui qui est soumis à un champ de visibilité, et qui le sait, reprend à son compte les contraintes du pouvoir ; il les fait jouer spontanément sur lui-même ; il inscrit en soi le rapport de pouvoir dans lequel il joue simultanément les deux rôles". [10]
Avec les possibilités offertes par la loi aux propriétaires d’équipement de vidéosurveillance, on ne sait pas par qui ni pourquoi nous sommes filmés. Mieux encore, nous ne sommes jamais sûrs de l’être. On ne voit guère de panonceaux qui annoncent le début ou la fin d’une zone sous vidéosurveillance. Les caméras ne sont pas toujours visibles. Dans un supermarché par exemple, elles peuvent surveiller les clients aussi bien que les caissiers. L’un des premiers motifs de l’installation de la vidéosurveillance dans les entreprises n’était-il pas la traque de l’ennemi intérieur, l’employé indigne, idem pour Bentham quand il proposait d’utiliser son concept architectural dans les hôpitaux et les manufactures ?
La sanction est assez concrète et médiatisée pour que chacun puisse se sentir concerné. Elle est bien réelle : le chômage, la prison guettent les déviants dans un monde de tolérance zéro.
Il faut donc ne pas avoir de comportement suspect : "tenir son rôle", l’imposture seule vous protège de cet œil indiscret qui surveille déjà les salariés de 78% des entreprises américaines. [11] L’obligation de faire semblant, de tenir son rang, d’avoir l’air. Les situationnistes le dénonçaient en 1967 : "quelque poids qu’il atteigne dans la balance des opinions dominantes, le rôle a surtout pour mission d’adapter aux normes de l’organisation sociale, d’intégrer au monde paisible des choses" [12] La vie s’appauvrit sur les chemins du simulacre, l’identité finit par se confondre avec son pâle reflet, l’apparence. "Dérobée de l’essentiel à force d’interdits, de contraintes et de mensonges, la réalité vécue paraît si peu digne d’intérêt que les chemins de l’apparence accaparent tous les soins. On vit son rôle mieux que sa propre vie". [13]
Un rôle défini par un script on ne peut plus précis, au point qu’un ordinateur suffit à s’assurer qu’il est bien tenu. C’est ainsi que l’on doit à la recherche publique (plus précisément l’Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique), le système VSIS de vidéosurveillance "intelligente" qui détecte les "événements suspects". "Il y a des endroits, dans le métro, où il n’y a pas lieu de stationner" explique un responsable d’un projet similaire de surveillance du métro parisien. [14] A chacun donc de devenir un "consommateur conforme et docile" comme le pointe du doigt Souriez-vous-êtes-filmés !
"Evénements suspects", "endroits où il n’y a pas lieu de stationner", "déviance" : tout est question de définition, bien sûr. C’est du pouvoir donné aux gestionnaires des caméras d’imposer à la société toute-entière des normes comportementales qu’il est question. Un article récent paru dans la revue suisse Déviance et Société explique comment l’exploitation d’un tel outil permet véritablement de "construire" la déviance. [15] En étudiant le cas lyonnais, les auteurs constatent que l’implantation de la vidéosurveillance n’est pas faite selon des critères véritablement criminologiques mais répond plutôt aux angoisses injustifiées des commerçants locaux. Ainsi, dans le centre-ville, priorité est accordée à la surveillance de la délinquance d’importation (comprendre les jeunes des quartiers pauvres et périphériques) alors que celle-ci est une source minoritaire des crimes et délits. On voit bien que les objectifs qui déterminent pour une large part la politique urbaine de sécurité ne sont pas que sécuritaires. S’y retrouvent pêle-mêle "l’appropriation d’espaces porteurs d’enjeux particuliers pour la collectivité, la défense des intérêts économiques et financiers en lien avec l’activité touristique(...), la préservation des valeurs symboliques associées à l’image du centre-ville et la consolidation du pouvoir en place". Les caméras confortent ainsi "la tendance actuelle des politiques urbaines de construire une ville-centre aseptisée, standardisée, qui serait définitivement débarrassée de ceux dont la présence s’avère contre-productive par rapport à l’établissement d’une image de marque conforme aux nouvelles exigences des centralitésvocation internationale".
"La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à ne pas être soumis à celle d’autrui." (Jean-Jacques Rousseau)
"Dans une société où les pouvoirs sont éclatés, où les firmes transnationales assurent de plus en plus elles-mêmes la protection de leurs avoirs et de leurs dirigeants, où les propriétaires de complexes immobiliers, commerciaux ou de loisir en font autant, le contrôle et la surveillance sont ainsi plus répandus et dispersés. Les populations cibles se multiplient. On élabore des stratégies de surveillance et de prévention par rapports aux concurrents, aux clients, aux employés, aux étrangers, aux non-résidents, aux jeunes, aux autres groupes "à risque". Toutes ces stratégies se développent non seulement hors de l’Etat, et ordinairement hors du contrôle de l’Etat, mais en complémentarité avec la surveillance étatique. La surveillance (...) n’est donc pas restreinte aux délinquants et mise en place par le seul système pénal : elle est de plus en plus le fait de très nombreuses entités de la société et s’adresse à chacun d’entre nous. Ce sont ces entités et non l’Etat qui réaliseront, si nous n’y prenons garde, le panoptique". [16]
En effet, c’est un puissant pouvoir que ces appareils confèrent à leurs détenteurs, privés ou publics. Les pires cauchemars d’Orwell ressemblent tout d’un coup beaucoup plus à notre quotidien, alors que Big Brother prend successivement la figure de notre patron, des vigiles d’un hypermarché, de la régie des transports parisiens, des policiers de notre quartier... À écouter les appels au "civisme", il faudrait donc apprendre à s’accommoder de tous ces pouvoirs et même y collaborer, collaborateurs sous contrôle évidemment ! Comme l’a énoncé Deleuze, le mot d’ordre a été remplacé par le mot de passe.
Les promesses des équipementiers sur leurs nouveaux systèmes de vidéosurveillance sont particulièrement effrayantes. "Avec l’arrivée du numérique, la vidéosurveillance et le contrôle social connaissent un nouveau tour d’écrou, probablement irréversible. L’homme n’a plus le dernier mot. Connecté à un immense réseau de caméras, l’ordinateur se transforme en juge implacable. C’est au réel désormais de se plier aux mouvements de l’image" [17]. Aux Etats-Unis, le dernier Super bowl a été l’occasion d’un terrifiant test grandeur nature : les 72 000 spectateurs ont été scannés à leur insu et leurs visages ont été comparés avec les photos d’individus recherchés par la police. La pêche fût maigre, mais on peut craindre que le procédé ne fasse des émules dans la vieille Europe. La technologie avance à grands pas dans ce marché d’avenir...
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Site
> Site de Souriez-vous-êtes-filmés !
Livres
> Surveiller et Punir, Michel Foucault, Gallimard, 1973.
> Non aux miradors électroniques, éléments de réflexion sur la vidéosurveillance, Souriez-vous-êtes-filmés, Editions Reflex.
> Le Panoptique, Jeremy Bentham, reed. Mille et une nuits.
"Qu’est-ce qui rend la présence policière, le contrôle policier tolérable pour la population sinon la crainte du délinquant ?" Michel Foucault, Entretien sur la prison : le livre et sa méthode.
La politique sécuritaire actuelle semble avoir bien saisi ce paramètre, tant son caractère spectaculaire saute aux yeux [18] : des lois démagogiques, du chiffre, des missions policières télévisées... Ça tombe bien : de nombreuses études anglaises ont démontré que la vidéosurveillance peut "accroître le nombre d’incidents détectés par les opérateurs et augmenter en conséquence les statistiques criminelles" [19]. D’ailleurs, on dit que la présence des caméras rassure, mais n’est-elle pas créatrice d’un "sentiment d’insécurité comblé" ? J’entends par là ne fait-elle pas prendre conscience de l’éventualité d’un risque ? Un risque pouvant parfois en cacher un autre, est-il utile de rappeler que la focalisation de l ’action et du discours policiers et de l’intérêt médiatique sur la petite délinquance profite à d’autres formes d’illégalismes plus socialement acceptées ? C’est ce que met en évidence un article de J.J. Delfour paru dans Lignes en 1996 : "La généralisation de la vidéosurveillance tend à accréditer l’idée que l’insécurité est formée objectivement de délits voyants, visibles en particulier dans l’espace public. (...) La vidéosurveillance est un dispositif idéologique, chargé de traiter le sentiment subjectif de l’insécurité, en lui fournissant une image du délit assimilable parce que très proche de l’image télévisée du délit." [20]
Le panoptique, "comme un regard sans visage qui transforme tout le corps social en un champ de perception." [21]
"La misère extrême, c’est-à-dire la pauvreté chronique, celle de la dépendance systématique aux autres, est un territoire hors de la nation citoyenne, où le pouvoir et l’autorité peuvent intervenir sur des populations qui ont perdu droit de cité, stigmatisées par l’échec, toujours susceptibles de gonfler les rangs de cette autre contre-société que constitue la criminalité. Pour eux, un Bentham pourra concevoir son Panoptique, lieu totalitaire d’enfermement où il s’agira de reconstruire les individus pour les réinsérer dans la réalité citoyenne" [22].
Inventé en 1791 par Jeremy Bentham, le panoptique est à la fois un concept architectural et un dispositif de surveillance. C’est Michel Foucault qui a mis en exergue son influence dans l’architecture de nombreux "lieux clos" (prisons, hôpitaux, usines), y voyant l’œuf de Colomb de la société de discipline qui va marquer le 19éme siècle. Le bâtiment principal a une forme circulaire. Les cellules donnent coté intérieur sur la tour du surveillant, coté extérieur vers la lumière. Rendu invisible par un système de cloison, le surveillant peut observer chaque détenu en ombres chinoises. La puissance du dispositif réside dans le fait que personne ne sait quand ni par qui il est surveillé. Il va donc " induire chez le détenu un état conscient et permanent de visibilité qui assure le fonctionnement automatique du pouvoir. Faire que la surveillance soit permanente dans ses effets, même si elle est discontinue dans son action ; que la perfection du pouvoir tende à rendre inutile l’actualité de son exercice ; que cet appareil architectural soit une machine à créer et à soutenir un rapport de pouvoir indépendant de celui qui l’exerce ; bref que les détenus soient pris dans une situation de pouvoir dont ils sont eux-mêmes les porteurs" [23].
"Ainsi, de ce plan, autant de camarades ; autant d’inspecteurs ; les personnes mêmes qu’il faut garder se gardent mutuellement et contribuent à la sécurité générale." [24]
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[1] Patrick Balkany a été condamné à 15 mois de prison avec sursis et 2 ans d’inéligibilité en 1997 pour avoir employé des agents de la mairie dans ses résidences privées, il est néanmoins réélu en 2002.
[2] Le Service d’Action Civique est une organisation paramilitaire fondée par Jacques Foccart qui a été impliqué dans les plus sales affaires d’Etat de la présidence gaullienne. Pour en savoir plus sur les affaires de Charles Pasqua, lire : La maison Pasqua, Nicolas Beau, Plon, 2002.
[3] Voir la fiche pédagogique sur la vidéosurveillance sur leur site.
[4] Eric Heilmann et André Vitalis, La vidéosurveillance, un moyen de contrôle à surveiller, mai 96, Le courrier du CNRS.
[5] transfert.net, 15/07/01.
[6] Les Big brother Awards sont des prix remis chaque année par l’association Privacy Internacional aux "sociétés ou personnes s’étant distinguées par leur mépris du droit fondamental à la vie privée ou par leur promotion de la vidéosurveillance et du contrôle des individus".
[7] Sécurité, vidéosurveillance et construction de la déviance : l’exemple du centre-ville de Lyon, C. Bêtin - E. Martinais - M.-C. Renard, Revue Déviance et Société - Vol. 27 - Mars 2003, p. 17.
[8] La vidéosurveillance, une réponse efficace à la criminalité ? Eric Heilmann, Criminologie, vol 36, 2003, p. 9.
[9] Cette inefficacité va jusqu’à donner une touche comique à des travaux très sérieux. La description des actions et paroles des opérateurs lyonnais est à mourir de rire dans l’article de C. Bêtin - E. Martinais - M.-C. Renard, Op. Cit. p. 14/15.
[10] Michel Foucault, Surveiller et Punir, Gallimard, 1973, p. 204.
[11] Selon l’étude annuelle de l’American Management Association, Transfert.net, 02/05/2000.
[12] Raoul Vaneigem, Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations, 1967, Gallimard, p. 174.
[13] Vaneigem, Op. cit., p 180.
[14] Le Monde Diplomatique, aout 2001, Surveiller est aussi un marché, Franck Mazoyer.
[15] C. Bêtin - E. Martinais - M.-C. Renard, Op. Cit. Les citations qui suivent proviennent de cet article.
[16] Pierre Landreville, dans Science ou Justice, Autrement n°145, 1994.
[17] Surveiller est aussi un marché, Op. Cit..
[18] Ce que démontre Fabien Jobard dans Faut-il avoir peur des lois Sarkozy ? Le passant ordinaire, n°44. Par contre, les conséquences sont elles bien réelles pour les victimes de l’acharnement spectaculaire.
[19] La vidéosurveillance, une réponse efficace à la criminalité ? op cit., p. 93.
[20] J.J. Delfour, La vidéosurveillance et le pouvoir du voir, Lignes n°27, février 1996.
[21] Michel Foucault, Surveiller et punir, p. 215.
[22] Jean-Marie FECTEAU Une économie historique du minimum : propos sur les origines de l’État providence, Lien social et Politiques, no 42.
[23] Michel Foucault, Op cit.
[24] Panoptique, mémoire de Jeremy Bentham, 1791, p. 50. |
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